top of page
Rechercher

« T'en as pas assez ? » — Ce que le regard des autres ne voit jamais de la dépendance


« T'en as pas assez ? C'est déjà le dixième que tu fumes... T'es déjà défoncée... »

Mon doudou me glisse cette remarque, stupéfait, inquiet, en me voyant me lever du lit pour aller rouler le dernier joint qui va me tuer — pour dormir.


Il n'a pas tort, je le sais. Je suis arrachée, mais c'est plus fort que moi, je dois en rouler un dernier. Ce besoin irrépressible me bouffe, je le vois se mettre en place.


J'ai la conscience que je me détruis, que je n'ai pas besoin de ce dernier joint, mais c'est plus fort que moi. Ma volonté n'y fait rien : je suis complètement possédée par la beuh et ma dépendance.


Possédée — c'est le mot juste, et pas une figure de style. Il y a moi, qui sait, qui voit, qui a peur de ce qui se passe. Et il y a cette autre chose, installée à l'intérieur, qui décide à ma place, qui marche vers le joint pendant que je reste debout sur le bord, à supplier qu'on arrête. Ce n'est pas un choix qui se répète. C'est un corps et un esprit pris en otage par quelque chose qui ne demande pas la permission.


Ce sentiment de besoin incessant et irrépressible, que seule une taffe peut combler, me tiraille chaque jour, chaque heure.

Je ne vis que pour ça : tirer sur quelques pétards, du réveil au coucher.

La journée entière est rythmée par les bouffées de marie-jeanne.



Le mépris de ceux qui ne comprennent pas


La majorité des personnes non dépendantes ne peuvent pas comprendre. Pour elles, ce n'est qu'une question de volonté.

« Si tu veux, tu peux. » « Les toxicomanes ne sont que des fainéants. » « Ils devraient réussir à se prendre en main, c'est pas si difficile. »


Ce schéma de pensée — et le mépris sous-jacent, parfois — est courant. Il naît de l'ignorance du schéma neurologique, physiologique et psychique de la dépendance. C'est aussi un moyen de se rassurer, de croire qu'on garde le contrôle : moi, je saurais m'en sortir, je suis plus fort que ça.


La honte qui nourrit le cycle


Sur le moment, sa question — même légitime, même inquiète — me faisait sentir coupable. Sale. Incapable. Incapable de réfréner cette injonction intérieure que je ne contrôlais pas.


Et cette honte ne m'a jamais aidée à arrêter.

Elle a fait l'inverse. Elle nourrissait le cycle.


C'est une autre réalité à laquelle sont confrontés les dépendants — bien plus sombre, bien plus aliénante.


Cette conscience de se voir se détruire, de voir sa vie partir en lambeaux pour une dose. La pensée obnubilée par le produit. Le corps enchaîné par les crises d'angoisse. On voit que c'est nocif pour soi, on veut s'en sortir, mais le schéma est trop ancré pour réussir à s'en libérer.


C'est alors qu'un cycle vicieux commence :

Je veux arrêter... je n'y arrive pas... je dois consommer, j'ai trop mal... je suis une merde car je suis incapable de résister...

La honte qui pousse à retourner consommer. Encore. Et encore.


Une maladie, pas une faiblesse


Ce qui m'a libérée, c'est d'avoir eu le livre des Narcotiques Anonymes entre les mains.


Pour eux, la personne dépendante est vue comme une malade — atteinte de la maladie de la dépendance, qui l'enchaîne, qui lui ôte toute volonté propre, dans l'espoir de la satisfaction éphémère d'un flash de plaisir factice.


Une malade qui doit être soignée et accompagnée sans jugement, avec empathie, pour lui permettre d'avoir le soutien nécessaire pour sortir de ce cycle infernal.


La volonté n'a rien à voir avec la possibilité de briser ce cycle. La drogue nous possède, et nous vide de tout notre être.



Une autre nuit, vingt ans plus tôt


Cette addiction, je l'ai aussi traversée il y a vingt ans.

8h du matin. On rentre de teuf.

Impossible de trouver le sommeil, je suis à balle.

Plus de coke, et la seule chose dont je rêve, c'est de me refaire une ligne.

Pourtant, en moi, je me sens sale, j'ai le cœur qui va exploser.

Je tourne en rond. Mon corps veut du repos, et mon esprit, lui, panique à l'idée de ne plus rien avoir à taper.


Seule dans mon lit, confrontée à cet enfer de la coke. Pensant à la soirée qui m'attend et à mon prochain gramme. Je me hais.


C'est ça aussi, la possession : être assise dans son propre lit, épuisée, dégoûtée de soi-même, et déjà en train de penser au prochain gramme.

Le corps qui réclame du repos, l'esprit qui réclame la dose — deux ordres contradictoires, et nulle part où se poser entre les deux.

On ne choisit plus, à ce moment-là. On exécute.


La dépendance prend possession des êtres qui portent en eux une grande souffrance, un profond vide intérieur — des victimes désignées qui s'immolent sur l'autel du plaisir éphémère pour éviter, à tout prix, de souffrir. Ou alors, simplement, parce que la dope, c'est cool — au début.


La vision du chamanisme : le non-respect des plantes maîtresses


Il y a une autre façon de raconter cette histoire, plus ancienne, que portent certaines traditions chamaniques.


Dans cette vision, les plantes ne sont pas de simples substances inertes qu'on extrait et qu'on consomme. Ce sont des maîtresses — des esprits, des enseignantes, des êtres vivants avec qui on entre en relation.

Le tabac, le cannabis, la coca, le pavot : chacune de ces plantes a une médecine propre, une façon d'aider à voir, à nettoyer, à ouvrir — mais à une condition.


Cette condition, c'est la diète : un cadre de respect, de prudence, d'intention juste, transmis de génération en génération par celles et ceux qui savent les accueillir correctement.


Le problème, ce n'est pas la plante. C'est la rupture du lien.


Ces plantes ont été arrachées à leur contexte sacré, industrialisées, transformées, vendues sans rituel, sans diète, sans transmission — réduites à de simples produits qu'on consomme en vitesse pour fuir quelque chose.


Et dans cette vision, quand le respect dû à la plante n'est plus honoré, son esprit ne disparaît pas : il se retourne. Ce qui devait soigner devient ce qui enchaîne. La médecine, prise sans conscience, sans relation, sans diète, se referme comme un piège plutôt que de s'ouvrir comme un chemin.


Certains vont plus loin encore : ils parlent d'entités sombres — des êtres non physiques qui se nourriraient de l'énergie des personnes dépendantes. Ces forces se nourriraient justement de ce cycle : la consommation, la honte, la rechute, encore la consommation.


Plus la personne s'enferme, plus elle nourrit ce qui la domine. Et plus elle est dominée, plus elle s'enferme.


La dépendance, vue ainsi, n'est plus seulement une affaire de neurones et de récepteurs — c'est aussi une emprise, quelque chose d'extérieur à soi qui s'est invité dans la place laissée vide, et qui ne la rend pas facilement.


Qu'on lise cette histoire au sens propre ou au sens symbolique, elle dit, à sa manière, exactement ce que vit la personne dépendante de l'intérieur : ce n'est pas elle qui décide.

Quelque chose décide à sa place.

Quelque chose qui s'est installé, qui réclame, qui ne lâche pas —

qu'on l'appelle un mécanisme neurologique ou un esprit qui se nourrit du manque, le vécu, lui, est le même : être habitée par une force plus grande que sa propre volonté, et ne pas savoir comment la faire sortir.



La question qu'on devrait poser


Au lieu de « pourquoi tu continues ? », au lieu de « t'en as pas assez ? », il y a une question plus juste, plus proche de la vérité :


« Quelle souffrance cherches-tu à cacher ? »


Parce que personne ne se réveille un jour en choisissant de devenir esclave d'un produit. On fuit quelque chose. Et tant que cette question-là reste sans réponse, le jugement — même bien intentionné — ne fera que renforcer la cage, au lieu d'ouvrir une porte.


Si ce texte résonne avec ton propre vécu ou celui de quelqu'un que tu aimes, sache que la honte ne fait jamais partie de la solution. En parler à un professionnel de santé ou à une ligne d'écoute spécialisée en addictologie peut être un premier pas — pas pour être jugé, mais pour être entendu.

 
 
 

Commentaires


soin energetique, massage , breathwork, kambo martinique

Tu ne sais pas
par où commencer ?

C 'est exactement pour ça qu'existe l'appel découverte.
On en parle ensemble — ce que tu portes, ce que tu traverses, ce vers quoi tu t'en vas.
Et on trouve ensemble le soin le plus juste pour toi, maintenant.

Avec amour

accompagnement feminin soin de guerison du féminin

Rejoins notre Tribu

Inscris-toi à ma newsletter pour  recevoir des transmissions sur les médecines, les plantes, les sagesses ancestrales.


De la Terre à l 'âme:
L'Alchimie de la Guérison

  • Instagram
  • Facebook
  • YouTube

+596 696 659 383

Martinique, FWI

Le terme médecine utilisé sur ce site fait référence à la tradition chamanique et aux sagesses ancestrales des plantes. Il ne relève en aucun cas de la médecine conventionnelle ou d’un cadre médical reconnu.

bottom of page